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Qu'est-ce que la règle des 80 % ?
La règle des 80 % est inscrite à l'article 59 §1 du Code des impôts sur les revenus (CIR). Elle fixe une condition de déductibilité : pour qu'une prime de pension complémentaire (EIP, PLCI, assurance groupe) soit déductible à l'impôt des sociétés, la somme de la pension légale projetée et de la pension extra-légale au moment du départ en retraite ne doit pas dépasser 80 % de la dernière rémunération annuelle brute normale du dirigeant.
Concrètement, si vous êtes dirigeant SRL avec une rémunération annuelle régulière de 80 000 €, votre pension cumulée (légale + EIP + PLCI dirigeant) ne peut dépasser 64 000 € par an à l'âge de la retraite — sous peine que la part dépassante de la prime ne soit ni déductible ni neutre fiscalement.
Pourquoi cette règle existe
Le législateur belge a voulu encadrer la déductibilité des primes pension pour éviter qu'une société ne déduise des primes excessives au profit du dirigeant — conçues comme un mécanisme de transfert massif de bénéfice peu fiscalisé.
Le seuil de 80 % vient de l'idée qu'une retraite « normale » correspond à 70-80 % du revenu d'activité, taux jugé suffisant pour maintenir le niveau de vie sans créer un sur-financement fiscal artificiel.
La formule détaillée
Le calcul officiel se fait par votre comptable / actuaire / courtier, mais la formule simplifiée est la suivante :
Plafond annuel = (0,80 × Rémunération brute annuelle normale) − Pension légale
avec :
• Rémunération = brut mensuel régulier × 12
• Pension légale = estimation INASTI à 67 ans
La prime annuelle EIP + PLCI dirigeant ne doit pas excéder ce plafond annuel capitalisé jusqu'à la retraite.
Exemple : dirigeant à 80 000 € de rémunération
Prenons un dirigeant SRL de 45 ans, rémunération brute annuelle régulière 80 000 €, pension légale projetée à 67 ans : ~25 000 €/an.
80 % × 80 000 = 64 000 €/an (plafond pension totale)
− Pension légale projetée : 25 000 €
= Pension extra-légale max : 39 000 €/an
Capitalisation actuarielle à 22 ans (45 → 67) avec un rendement de 2 % :
→ Capital cible : ~700 000 € → prime annuelle EIP+PLCI ~22 000 €/an déductible
Remarque : ce calcul est une estimation rapide. La projection officielle pour déduction ISoc se fait avec les coefficients actuariels en vigueur (taux technique, tables de mortalité). Voir guide EIP.
Conséquences en cas de dépassement
Si vos primes EIP + PLCI dépassent le plafond des 80 %, deux pénalités cumulées s'appliquent :
- Non-déductibilité côté société — la part dépassante n'est pas déductible à l'ISoc, donc elle est reprise dans le bénéfice imposable et taxée à 20 % ou 25 %.
- ATN côté dirigeant — la prime « non normale » est requalifiée en avantage de toute nature, donc imposable à l'IPP au taux marginal du dirigeant.
Cumulées, ces deux pénalités peuvent représenter 60-70 % de la prime « excédentaire » en charge fiscale réelle. L'optimisation passe par un ajustement annuel des primes en fonction de la rémunération réelle du dirigeant.
Optimiser son enveloppe sous la règle des 80 %
Trois leviers permettent d'augmenter votre enveloppe déductible sans dépasser la règle :
- Augmenter la rémunération régulière du dirigeant — chaque +1 000 € de rémunération annuelle régulière, c'est +800 € d'enveloppe pension déductible. Attention à l'arbitrage avec l'IPP marginal vs ISoc.
- Cumuler EIP + PLCI dirigeant — la PLCI dirigeant (en société) s'ajoute à l'EIP dans le calcul des 80 %, mais offre des conditions de sortie fiscale différentes (taxation 10 % vs 16,5 % selon âge).
- Backservice (rachat années passées) — possibilité de combler les années sans cotisation pension (ex : début d'activité), dans la limite du plafond des 80 % cumulé.
Sources
- Code des impôts sur les revenus 1992 — Article 59 §1 CIR — règle des 80 %. Consulter(Source officielle, 2025)
- SPF Finances — Circulaire 2024/C/74 — calcul de la règle des 80 %. Consulter(Source officielle, 2024)
- FSMA — Cadre prudentiel des produits de pension du second pilier. Consulter(Source officielle, 2025)
C'est la rémunération brute mensuelle régulière du dirigeant × 12 (hors primes exceptionnelles, bonus ponctuels, ATN exceptionnels). Une rémunération versée en une fois en fin d'exercice n'est pas « normale » au sens de la règle. Le critère : rémunération régulière, mensualisée, brute imposable.