Mis à jour le
Par Jordi De Pauw, courtier inscrit FSMA n° 116.402
Qu'est-ce que l'EIP ?
L'EIP (Engagement Individuel de Pension), ou IPT (Individuele Pensioentoezegging) en néerlandais, est un contrat d'assurance-pension du 2e pilier souscrit par une société au bénéfice de son dirigeant d'entreprise. Cadre légal : loi du 28 avril 2003 (LPC) et CIR 92 article 59 pour la déductibilité.
Concrètement : votre société verse chaque année une prime à un assureur (AG, NN, Baloise, Allianz, Athora…), qui constitue progressivement votre capital pension. La prime est intégralement déductible de la base imposable de la société, soit une économie ISoc immédiate de 20 % (PME) ou 25 % (taux standard).
À 60 ans (ou à l'âge légal de la retraite), le capital vous est versé à titre personnel, taxé à 10 % au lieu d'être imposé comme une rémunération différée. C'est le mécanisme central du passage en société pour optimisation pension.
Qui peut souscrire un EIP ?
L'EIP est strictement réservé aux dirigeants d'entreprise rémunérés régulièrement par une société de droit belge. Cela comprend :
- les gérants de SRL / BV rémunérés au moins mensuellement ;
- les administrateurs de SA rémunérés régulièrement (vs jetons de présence ponctuels) ;
- les associés actifs de SCS, SC, SNC rémunérés ;
- les dirigeants délégués à la gestion journalière, sous contrat de mandat.
Sont exclus : les indépendants en personne physique sans société (qui souscrivent une CPTI à la place), les administrateurs non rémunérés (jetons de présence sans mandat rémunéré régulier), et les conjoints aidants non assimilés au statut social.
La règle des 80 % expliquée
La règle des 80 % est le mécanisme central qui plafonne la prime EIP déductible. Elle énonce un principe simple : la pension totale (légale + extra-légale) d'un dirigeant ne peut dépasser 80 % de sa dernière rémunération brute normale, projetée sur une carrière de 40 ans.
Formule de calcul
- Pension cible annuelle = 80 % × rémunération brute × (carrière reconnue / 40)
- Capital cible = (pension cible − pension légale estimée) × coefficient actuariel (~10)
- Capital déjà constitué = PLCI + EIP/CPTI antérieurs + assurance-groupe salariée
- Capital à constituer = max(0, capital cible − capital déjà constitué)
- Prime EIP annuelle = capital à constituer / années restantes jusqu'à la retraite
Exemple chiffré
Dirigeant de 45 ans, 20 ans de carrière, rémunération brute 60 000 €, retraite visée à 67 ans, pension légale estimée 18 000 €/an, capital extra-légal déjà constitué 25 000 € (PLCI uniquement) :
- Carrière reconnue : min(20 + 22, 40) = 40 ans
- Pension cible : 80 % × 60 000 × (40/40) = 48 000 €/an
- Capital cible : (48 000 − 18 000) × 10 = 300 000 €
- Capital à constituer : 300 000 − 25 000 = 275 000 €
- Années restantes : 22 → prime EIP annuelle ≈ 12 500 €
- Économie ISoc (25 %) : 12 500 × 25 % = 3 125 €/an
- Coût net pour la société : 12 500 − 3 125 = 9 375 €/an
Pour valider votre calcul personnalisé, utilisez le simulateur EIP en ligne.
Fiscalité : déduction ISoc et sortie à 10 %
La fiscalité EIP comporte deux étages : la prime annuelle (côté société) et la sortie du capital (côté dirigeant à 60 ans).
Côté société : déduction ISoc immédiate
La prime EIP est une charge professionnelle déductible à 100 % de la base imposable de la société, sous réserve du respect de la règle des 80 %. Le taux ISoc applicable :
- 20 % PME sur la 1re tranche de 100 000 € de bénéfice imposable (sous conditions PME du Code des sociétés) ;
- 25 % taux standard au-delà ou hors conditions PME.
Côté dirigeant : sortie à 10 % à 60 ans
À la liquidation, le capital constitué vous est versé personnellement, soumis à :
- Taxation forfaitaire 10 % (rente fictive de conversion), sous réserve de versement à 60 ans avec poursuite d'activité, ou versement à l'âge légal.
- Cotisation INAMI 3,55 %
- Cotisation de solidarité 0 à 2 % selon le montant total
Soit une charge totale typique de 13-15 % sur le capital, à comparer aux ~50 % d'IPP qui auraient frappé un revenu équivalent. Le différentiel finance largement l'arbitrage en faveur de l'EIP, c'est précisément ce différentiel qui motive le passage en société pour les indépendants à hauts revenus.
Branche 21 vs Branche 23 : quel support choisir ?
| Critère | Branche 21 | Branche 23 |
|---|---|---|
| Garantie capital | Oui (100 %) | Non |
| Taux d'intérêt minimum 2026 | 0,50 à 2,25 % | – |
| Rendement long terme typique | 1,5 à 3 % | 4 à 7 % |
| Volatilité | Aucune | Forte court terme |
| Recommandation horizon | < 10 ans avant retraite | > 15 ans avant retraite |
| Support typique | Fonds garanti assureur | ETF, fonds mixtes, actions |
Le back-service : reconstituer le passé
Le back-service permet à un dirigeant qui souscrit tardivement un EIP de rattraper rétroactivement les années de carrière déjà prestées (en tant que salarié, indépendant, ou dirigeant non couvert par un EIP).
Concrètement : la règle des 80 % est calculée sur la carrière totale (40 ans), mais le capital constitué jusqu'ici est inférieur à ce que cette règle autorise. Le back-service comble l'écart en une ou plusieurs primes initiales, parfois significatives (50 000 à 200 000 € en une fois), entièrement déductibles à l'ISoc l'année du versement.
C'est un levier d'optimisation puissant pour un dirigeant qui découvre l'EIP à 40-50 ans et qui dispose de trésorerie société. À calibrer impérativement avec un courtier FSMA pour respecter strictement la règle des 80 %.
Articulation EIP + PLCI : la stratégie gagnante
La PLCI passe toujours avant l'EIP. Pourquoi ? Parce que la PLCI est exclue de la règle des 80 %, elle ne consomme pas votre enveloppe EIP et offre une double économie (IPP + cotisations sociales) inégalée.
La séquence optimale d'un dirigeant de SRL :
- PLCI au plafond personnel (4 020,21 € ordinaire ou 4 622,99 € sociale en 2026), déductible sur votre rémunération de dirigeant.
- EIP au plafond règle 80 %, payé par la société, après calcul de la prime maximale via simulateur ou actuaire.
- Épargne-pension classique (3e pilier) à 990 €/an (réduction 30 %) ou 1 270 €/an (réduction 25 %) si capacité d'épargne restante.
- Épargne libre (ETF, immobilier locatif, etc.) pour le surplus.
Pour comparer chiffrément PLCI vs EIP côte à côte sur 30 ans, utilisez le comparateur PLCI / EIP.
Les erreurs à éviter avec l'EIP
- Souscrire un EIP sans PLCI préalable. Vous gaspillez l'effet de levier supérieur de la PLCI (hors règle 80 %) au profit d'un EIP sous contrainte. La PLCI passe en premier, toujours.
- Ne pas verser de rémunération régulière. Si vous vous payez uniquement en dividendes (ou irrégulièrement), l'administration fiscale risque de requalifier la prime EIP, perte de la déductibilité, voire requalification en avantage de toute nature.
- Calculer la règle 80 % approximativement. Un dépassement même modeste peut entraîner une non-déductibilité partielle voire totale. Faites recalculer chaque année par votre courtier ou comptable.
- Souscrire 100 % Branche 21 à 35 ans. Vous laissez 50 à 100 % de capital final sur la table sur 30 ans. La Branche 23 (ou un mix) est presque toujours préférable jusqu'à 50 ans.
- Oublier le back-service. Si vous avez 15 ans de carrière antérieure non couverts, vous laissez parfois 100 000 € de prime déductible inutilisée. À examiner systématiquement à la souscription.